Lâcher prise : trois attitudes à entraîner pour atteindre l’excellence

Dans une société où nous sommes appelés à non seulement réussir, mais à y arriver rapidement et avec un score parfait, le lâcher prise est une habileté que l’on a peu l’occasion de pratiquer ou d’entraîner.

Et disons-le…

Le lâcher prise peut sembler dangereux!

Si, pendant un instant, j’arrêtais de réfléchir, anticiper, étudier, me préparer, me dépêcher, forcer, argumenter, répliquer, m’acharner… qu’est-ce qui se passerait?

Il se pourrait… 

que je ne sache pas;
que je sois pris(e) au dépourvu;
que l’on me critique;
que je sois blâmé(e);
que l’on me dépasse;
que je prenne du retard;
ou même que j’échoue!

Le lâcher prise nous apparaît comme une menace, car instinctivement nous percevons cette attitude comme une intention de capituler et de se rendre à l’ennemi :

« Si tu n’agis pas maintenant, tu vas mourir. »

En n’agissant pas sur une situation, soit pour la combattre, se camoufler ou la fuir, nous avons littéralement l’impression de nous laisser mourir.

Mais est-ce réellement le cas?

Pas toujours!

Face aux aléas de la vie, il nous arrive de réagir impulsivement pour constater après coup qu’agir de la manière dont nous l’avons fait n’était finalement pas la meilleure option.

L’action juste

Pour poser l’action juste dans les moments d’adversité, nous avons besoin de clarté d’esprit, de calme et de maîtrise émotionnelle ; et ceci n’est possible que lorsque notre cerveau entre en état de cohérence avec les différents systèmes du corps, et plus particulièrement avec le « cerveau » du coeur – dont on sait maintenant qu’il est doté de son propre système nerveux indépendant, constitué d’un réseau de près de 40000 neurones.

Rollin McCraty, directeur de la recherche de l’Institut HeartMath, explique :

Le cœur est un organe sensoriel et il agit comme un centre sophistiqué d'encodage et de traitement de l'information qui lui permet d'apprendre, de se souvenir et de prendre des décisions fonctionnelles indépendantes du cerveau.

Comme le cerveau, le cœur génère un puissant champ électromagnétique, et le champ électrique mesuré dans un électrocardiogramme (ECG) est environ 60 fois plus grand en amplitude que les ondes cérébrales enregistrées dans un électroencéphalogramme (EEG).
Source : The Energetic Heart Is Unfolding

À chaque instant, le coeur envoie des signaux au thalamus, une structure du cerveau responsable de synchroniser nos fonctions corticales. Lorsque le coeur et le cerveau sont en état de cohérence, le processus est fluide et il en est de même sur le plan des pensées et des actions. Nous nous sentons alors calme, posé et en maîtrise.

Toutefois, au moment où nos mécanismes de défense et de protection s’enclenchent, le coeur et le cerveau entrent en état d’incohérence et la communication devient brouillée ; le thalamus, dont le rôle est de trier l’information pour l’envoyer vers différentes aires du cerveau, n’arrive plus à faire son travail correctement. C’est alors que nous prenons des décisions impulsives, irrationnelles, qu’il nous arrive de regretter par la suite.

Le lâcher prise peut aider à rétablir l’état de cohérence et la communication coeur – cerveau, et ainsi améliorer la synchronisation des fonctions corticales pour favoriser la clarté d’esprit, la prise de décision et la régulation des émotions.

Sachant cela…

Que doit-on faire pour lâcher prise?

Hum.

(Ma petite voix intérieure me dit que pour plusieurs d’entre nous, l’idée même du lâcher prise est vague et un peu floue!)

Alors commençons donc par le début : le lâcher prise, c’est quoi?

Le lâcher prise n’est pas de l’indulgence

De nombreux sportifs, leaders et performeurs considèrent le lâcher prise comme une forme d’auto-indulgence et de laisser-aller.

Mais il y a une différence majeure entre les deux.

L’indulgence est pilotée par mes blessures et mes peurs inconscientes, et elle me porte à rechercher la satisfaction ou le plaisir immédiat pour ne pas avoir à composer avec la douleur. Je suis indulgent(e) lorsque je cède à mes impulsions pour obtenir un soulagement rapide.

On ne m’a pas sélectionnée sur l’équipe, et pour éviter de ressentir la douleur je retourne immédiatement à l’entraînement et je redouble d’effort pour prouver que j’ai ma place.

Je n’ai pas finalisé mes tâches aujourd’hui et il est impossible pour moi d’arrêter d’y penser, alors pour calmer mon esprit je vais m’y remettre jusqu’à ce que tout soit parfait.

Je n’aime pas gérer mes finances et lorsqu’il est temps de réviser mon budget, je trouve toujours quelque chose à faire de plus agréable.

Même lorsque je me sens blessé par les paroles des gens, je souris et je leur dis ce qu’ils veulent entendre afin de préserver une bonne entente.

Alors que l’indulgence est activée par les peurs inconscientes, le lâcher prise est le résultat d’un processus conscient, qui peut s’exprimer sous la forme de trois attitudes : la tolérance, la patience et la bienveillance.

1. La tolérance

Lorsqu’une situation désagréable se présente à nous, nous nous plaçons automatiquement en état d’alerte : il faut agir, et vite! Notre instinct nous pousse à combattre, à se camoufler ou à s’enfuir à toutes jambes.

Notre système d’alarme interne est tellement puissant que tous nos sens s’éveillent, et la douleur devient physique : nous avons la boule au ventre, la nausée, le souffle coupé, la gorge nouée, le corps figé, les poings serrés, les jointures blanchies, le visage crispé.

Dans une situation qui ne constitue pas un réel danger pour la vie, la première forme de lâcher prise est d’élever notre niveau de tolérance aux sensations physiques et à l’angoisse associées au sentiment d’urgence.

À quel point suis-je capable d’endurer cette douleur ou cet inconfort sans broncher, et sans laisser mes réactions automatiques me dicter mes comportements?

Pratiquer la tolérance, c’est comme prendre un temps mort au beau milieu d’un match sportif, quand on commence à perdre le momentum ; au lieu de prendre des décisions sous le coup de la panique ou de l’impulsion, on s’arrête un instant pour reprendre nos esprits et retrouver notre sang-froid.

Je peux entraîner ma tolérance en pratiquant deux formes de lâcher prise :

  1. Si ma réponse habituelle est de combattre, lutter, redoubler d’effort et argumenter, pour moi lâcher prise veut dire oser ne pas agir et tolérer l’inconfort provoqué par mon inaction.
  2. Si ma réponse habituelle est de fuir les situations désagréable en les évitant ou en me camouflant (éviter de dire ce que je pense ou d’agir comme je le souhaite), pour moi lâcher prise veut alors dire oser agir ou m’exprimer malgré l’inconfort provoqué par mes peurs.

J’ai donc deux choix : soit je lâche prise sur mon désir d’obtenir un résultat, soit je lâche prise sur mon désir d’éviter l’inconfort.

On ne m’a pas sélectionnée sur l’équipe ; ma tendance habituelle est de tourner la page et de me remettre à l’entraînement le plus vite possible, mais cette fois je vais lâcher prise sur ce réflexe et m’arrêter un instant pour me permettre de ressentir ma douleur.

Je n’ai pas finalisé mes tâches aujourd’hui ; ma tendance habituelle est de me remettre au travail et faire des heures supplémentaires, mais cette fois je vais lâcher prise sur ce réflexe et ressentir l’inconfort de mes pensées qui s’emballent.

Je n’aime pas gérer mes finances ; ma tendance habituelle est de faire le minimum puis passer rapidement à autre chose, mais cette fois je vais lâcher prise sur ce réflexe, exécuter les tâches désagréables et me permettre de ressentir les peurs qui surgissent.

Les conflits m’affectent ; ma tendance habituelle est de les éviter, mais je vais lâcher prise sur ce réflexe, tenter d’exprimer le plus sincèrement possible mes pensées et accepter que cela soit inconfortable pendant un moment.

2. La patience

Alors que la tolérance me permet d’élever ma capacité à supporter la douleur afin d’éviter d’agir de manière instinctive, la patience m’accorde le temps nécessaire pour acquérir la compréhension de mon ressenti.

La patience naît d’un sentiment de confiance que mes sensations et émotions sont là pour m’enseigner quelque chose à propos de mon mode de fonctionnement.

On ne m’a pas sélectionnée sur l’équipe et je me sens terriblement déçue. J’ai juste envie de retourner à l’entraînement car je veux prouver que je peux le faire. Mais qui est-ce que je veux convaincre? Est-ce que moi, je crois réellement en mes capacités?

Je n’ai pas finalisé mes tâches aujourd’hui et je n’arrive pas à arrêter d’y penser. J’ai une envie irrépressible de terminer mon travail. Mais qu’est-ce qui me pousse à vouloir continuer? Et qu’est-ce qui se passera si je termine demain? Y aurait-il un moyen de vider mon esprit sans agir sur ce sentiment d’urgence?

Je n’aime pas gérer mes finances, car visiter mon compte bancaire et calculer mes dettes me rend très anxieux. Qu’est-ce qui provoque cette peur? Ai-je l’impression de manquer de contrôle, ou de compétences dans ce domaine? Devrais-je acquérir de nouvelles connaissances, ou encore m’entourer d’experts? Ou peut-être est-il temps d’oser demander une augmentation de salaire?

Les conflits me rendent inconfortable car je ne veux pas déplaire ou blesser les gens. Mais qu’est-ce qui se passera si cette personne n’aime pas ce que je lui dis? Ai-je le droit d’avoir une opinion différente? Ai-je le droit de ne pas avoir les mêmes goûts? Est-ce ma responsabilité de m’assurer que les gens soient confortables lorsque je m’exprime? Chacun est-il responsable de sa propre perception?

3. La bienveillance

Alors que la patience implique la prise de conscience, la bienveillance implique l’autocompassion.

Lâcher prise est un processus qui demande des efforts, en ce sens qu’il nous pousse à agir à l’encontre de notre instinct. Pour lâcher prise, nous devons surmonter nos peurs inconscientes : la peur de ne pas réussir, de ne pas savoir ou de ne pas être aimé… et si l’on va encore plus en profondeur, la peur de perdre notre identitié, ou la peur de cesser d’exister aux yeux du monde ou des autres. On veut être quelqu’un, être reconnu, laisser une trace, avoir un impact. Ces peurs sont profondément ancrées en nous, et les affronter demande une énorme volonté!

La mission étant de haut calibre, même si l’on comprend l’importance d’être patient et d’apprendre à gérer nos impulsions, il peut être tentant de se critiquer, se blâmer ou se dévaloriser durant le processus.

La bienveillance, c’est faire le choix de continuer à se valoriser dans les moments les plus difficiles, lorsque l’on fait face à nos peurs et que l’on se sent démuni.

Si j’ai l’habitude d’agir, de vaincre, de contrôler, de réussir, il est fort possible que je n’aie pas appris à « ne pas agir » dans une situation. Je ne maîtrise donc pas cette compétence, et il est normal que je me sente vulnérable.

À l’inverse, si j’ai l’habitude de me camoufler ou de fuir ce qui me rend inconfortable, il est fort possible que je ne me sente pas outillé(e) pour être efficace dans les situations d’adversité.

C’est là que la bienveillance entre en jeu.

Lorsque je suis bienveillant(e) envers moi-même : 

  1. Je m’engage à observer mes réactions automatiques;
  2. J’ose nommer mes peurs, même si c’est désagréable;
  3. Je choisis de me valoriser tout au long du processus;
  4. J’accepte de respecter mon rythme.

Je comprends que le fait de ne pas être sélectionnée me donne l’impression de ne pas être à la hauteur ; je décide de me donner la permission de me sentir triste et vulnérable tout en faisant le choix de ne pas me critiquer, ou blâmer les autres et les situations, car je sais que ma valeur n’est pas liée à l’opinion et aux décisions d’un sélecteur ou d’un entraîneur.

Ne pas finaliser mes tâches me donne l’impression d’être en danger ; je prends le temps de me questionner sur le sentiment d’urgence que je ressens, et sur les solutions potentielles pour élever ma tolérance et discipliner mon esprit. En faisant ce choix, je décide de relever le défi de ne pas me critiquer, ni pour mon inaction ou pour mes pensées indésirables.

Gérer mes finances m’amène à ressentir de l’anxiété, et même parfois de l’embarras, car j’aimerais gagner un meilleur salaire ; me disant cela, je choisis d’exécuter mes tâches tout en observant attentivement ce que je ressens pendant le processus. J’accepte d’apprendre, d’agir, de me pardonner mes erreurs et de m’entourer de gens compétents, car j’ai moi aussi droit à l’abondance financière, quelles que soient mes compétences dans ce domaine.

Exprimer ce que je veux est pour moi un risque, car j’ai peur du rejet ; comprenant cela, je décide de lâcher prise sur cette peur, car je comprends que m’exprimer c’est révéler au monde qui je suis et permettre aux gens qui partagent mes valeurs de venir vers moi. Pendant que je progresse vers une plus grande affirmation de moi-même, je me répète que je suis digne d’être aimé pour qui je suis, et je reconnais chacun de mes succès.

Cohérence et lâcher prise

La tolérance, la patience et la bienveillance sont trois vertus qui conduisent au lâcher prise, et nous avons besoin des trois pour se libérer de nos peurs inconscientes et de nos réactions automatiques. Toutefois, ces attitudes et l’état d’esprit qu’elles génèrent n’ont pas toutes le même effet sur notre physiologie.

Plus tôt dans cet article, j’ai mentionné que nos meilleures idées, intuitions et solutions se présentaient à nous lorsque le coeur et le cerveau étaient en état de cohérence. Or, des recherches conduites par l’Institut HeartMath et ses partenaires ont révélé que l’état de cohérence pouvait être rapidement atteint lorsque nous ressentons des émotions régénératrices qui activent notre système nerveux parasympathique, comme l’appréciation, la compassion, la sérénité et… la bienveillance.

Ce qui veut dire que même si je m’efforce de tolérer l’inconfort provoqué par mon désir de me protéger, et d’être patient(e) pour de comprendre ce qui se passe dans mon esprit, si je le fais en me critiquant sévèrement ou en blâmant les autres ou les situations, il me sera très difficile d’accéder à l’état de cohérence.

La bienveillance implique le non-jugement, et elle est nécessaire pour activer un état de lâcher prise qui me permet d’ouvrir le champ des possibles et de poser des actions justes et authentiques, dans le respect de soi et des autres.

Quatre façons de s’entraîner à lâcher prise

Au tout début de cet article, j’ai posé la question :

Comment faire pour lâcher prise?

Basé sur mon expérience personnelle, je t’offre ici quatre pistes de développement concrètes pour cultiver le lâcher prise au quotidien.

Nous pouvons lâcher prise sur…

💛 le jugement et la critique envers soi.
💛 le contrôle envers soi, les autres et les situations.
💛 le blâme envers les autres et les situations.
💛 l’attachement envers le regard des autres.

Nous avons tous des forces et des vulnérabilités : certaines personnes blâment très peu les autres, mais se critiquent sévèrement. D’autres sont peu attachées au regard d’autrui, mais exercent un grand contrôle sur de nombreux aspects de leur vie.

Qu’en est-il pour toi?

Parmi ces quatre pratiques du lâcher prise, laquelle aimerais-tu maîtriser davantage?

Nous pourrions croire que le lâcher prise est une forme de paresse ; mais pour l’avoir vécu, je peux affirmer que lorsque l’on choisit de s’engager corps et âme dans l’expérience, pratiquer le non-jugement et l’absence de contrôle demande force, courage et une attention de tous les instants.

Lâcher prise, c’est faire un saut dans le vide sans savoir ce qui nous attend de l’autre côté. Mais sache que la récompense est grande pour celui qui sait lâcher prise ; car s’il n’avait jamais essayé, il n’aurait pas pu découvrir qu’il avait le pouvoir de voler.

Sur ce, je te souhaite un bon entraînement et à très bientôt,
Guylaine

Une réaction sur “Lâcher prise : trois attitudes à entraîner pour atteindre l’excellence

  1. Bonjour
    D’une façon ou d’une autre le lâcher prise je le pratique souvent dans ma vie mais j’avais pas ces connaissances ( scientifiques)
    Je vous dis Merci

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