Contre-performer ou “choker” : les trois types de focus

T’est-il déjà arrivé de sous-performer, contre-performer, ou de choker? Le choke peut être défini comme une perte de moyens et/ou une performance en-deçà de nos capacités dans les situations sous pression.

Le week-end dernier, j’entraînais une joueuse d’ultimate qui avait pour objectif de perfectionner ses lancers – appelons-la Juliette.

Durant la séance, j’ai demandé à Juliette de lancer le disque à une distance de vingt verges en se tenant en équilibre sur un pied, pour engager au maximum les abdominaux durant l’action. L’objectif de départ était d’exécuter le lancer plusieurs fois et de ressentir le travail musculaire, et il n’y avait pas d’exigence par rapport à la cible visée. Toutefois, sur un total de dix répétitions, au moins sept lancers ont atteint la cible avec une grande précision.

En voyant cela, j’ai décidé de lancer à Juliette un nouveau défi : je lui ai demandé d’atteindre cinq fois une cible de 60 cm carré. Après avoir reçu cette instruction, le premier lancer a volé à une distance de deux mètres à droite de la cible… le second lancer a touché le sol avant d’arriver à la cible… et le troisième lancer était beaucoup plus haut que la cible. Pour un total de zéro lancer en trois.

Qu’est-ce qui a changé ?

Pourquoi, à partir du moment où j’ai énoncé un objectif de résultat, les lancers de Juliette sont-ils devenus soudainement beaucoup moins précis pendant quelques répétitions?

Ce qui avait changé, c’était le type de focus de Juliette.

As-tu déjà vécu une situation semblable?

Lorsqu’il n’y a pas de pression, tout se passe bien. Mais dès qu’il y a un enjeu – des gens qui regardent, des personnes à convaincre, des individus qui t’évaluent… ta performance change drastiquement. Tu as tendance à sous-performer, et peut-être même qu’il t’arrive de contre-performer!

Dans cet article, je t’explique un aspect de la contre-performance, et comment tu peux modifier ton focus pour performer à la hauteur de tes capacités dans les moments importants.

L’origine de la contre-performance

Pour comprendre les causes de la contre-performance, il faut d’abord savoir ce qui se passe dans notre cerveau au moment du choke.

Dans son livre Choke: What the Secrets of the Brain Reveal About Getting It Right When You Have To, l’auteur Sian Beilock présente deux types de mémoire, auxquels nous accédons régulièrement pour exécuter des tâches : la mémoire de travail et la mémoire procédurale.

La mémoire de travail

La mémoire de travail se situe dans le cortex frontal, et elle nous permet d’emmagasiner l’information à court terme pendant que nous faisons autre chose en même temps.

Par exemple, lorsque quelqu’un te donne plusieurs instructions à appliquer pour une même tâche, tu dois être capable de retenir ces informations et de les intégrer pendant que tu exécutes la tâche. En sport, on peut penser à un athlète qui doit appliquer plusieurs corrections données par son entraîneur, ou plusieurs ajustements en même temps pour perfectionner une habileté. Pour y arriver, cet athlète utilise sa mémoire de travail.

La mémoire procédurale, ou la mémoire musculaire

Alors que la mémoire de travail fait appel à la portion consciente et analytique du cerveau, la mémoire procédurale réside dans la portion inconsciente du cerveau, et elle se situe dans le cerveau postérieur.

Beilock décrit la mémoire procédurale comme une boîte à outils qui contient les étapes à suivre pour exécuter une tâche ou une habileté.

La mémoire procédurale, c’est ce qu’on appelle la mémoire musculaire ou les automatismes en sport. Lorsque nous répétons une tâche ou une habileté des centaines, voire des milliers de fois, nous développons un automatisme, i.e. que toutes les étapes sont maintenant gravées dans notre inconscient – un peu comme une recette.

Par exemple, lorsque tu te brosses les dents ou lorsque tu conduis une voiture, tu fais généralement appel à ta mémoire procédurale : tu n’as pas besoin de réfléchir à chacun des gestes à faire, car ton corps sait exactement quoi faire et dans quel ordre exécuter les actions.

Un joueur de basket-ball qui pratique son sport depuis plusieurs années sait comment dribbler, sans qu’il ait besoin de réfléchir à son rythme, à la position de sa main, à la flexion des genoux ou à sa posture. Il peut même le faire les yeux fermés! Le dribble est maintenant inscrit dans sa mémoire musculaire, et il est capable de l’exécuter correctement sans réfléchir.

À l’école, un étudiant qui connaît par coeur ses formules mathématiques les a enregistrées dans sa mémoire procédurale ; il en est de même pour un entrepreneur passionné qui connaît les moindres détails de son produit, ou pour un expert ayant cumulé un nombre phénoménal de connaissances dans son domaine.

Or…

Comment expliquer que le joueur de basket-ball rate un dribble en finale de championnat? Ou que l’étudiant oublie une formule toute simple au moment de son examen? Ou que l’entrepreneur commence à bredouiller lorsque vient le temps de présenter son projet aux banquiers, ou que l’expert se mette à hésiter au moment d’enseigner son savoir à un groupe de clients potentiels?

Selon les études conduites par Beilock, les individus qui sous-performent ou contre-performent auraient tendance à ne pas utiliser le bon type de mémoire au bon moment.

Accéder à ta mémoire procédurale pour performer

Reprenons l’exemple de l’athlète qui est capable de retenir un grand nombre de corrections reçues par son entraîneur, et d’apporter les changements rapidement. Cet athlète comprend très bien ses actions et/ou la stratégie, il est souvent considéré comme très « intelligent » – dans son sport, et fort probablement aussi à l’école – et il progresse à une vitesse exceptionnelle à l’entraînement.

Cet athlète est extra-performant avec sa mémoire de travail. Il a une bonne capacité analytique, il comprend vite et il peut assimiler un grand nombre d’informations en même temps. En règle générale, quelqu’un qui dispose d’une mémoire de travail performante aime réfléchir, comprendre et solutionner.

Toutefois, bien que cet athlète ait de grandes qualités, il est possible que ces atouts deviennent un frein à l’expression de son potentiel.

Pourquoi?

Certains individus ont une mémoire de travail plus développée que d’autres. Ils arrivent à emmagasiner un très grand nombre d’informations en même temps, et à résoudre des problèmes complexes ; or, selon Beilock, des études ont démontré que les sujets qui faisaient preuve d’une mémoire de travail exceptionnelle étaient ceux qui avaient le plus tendance à contre-performer, ou choker sous la pression.

Sur une note plus personnelle, je l’ai aussi observé dans mon coaching : j’ai remarqué que les individus qui utilisaient plus spontanément leur centre d’intelligence rationnel avaient tendance à sous-performer dans les moments de grande pression. Si tu veux en savoir plus sur les trois centres d’intelligence, je t’invite à suivre la formation gratuite sur les Profils 3EES, ou à télécharger mon ebook gratuit d’Introduction aux Profils 3EES pour les domaines du sport et de l’entreprise.

Ceci serait dû au fait que les individus qui ont une excellente mémoire de travail auraient tendance à continuer à l’utiliser dans les moments critiques : ils réfléchissent aux actions importantes, gardent les informations utiles en mémoire, cherchent à résoudre les problèmes et analysent leur performance dans le but de se rapprocher de la perfection.

Or, le jour J, pour performer à la hauteur de nos capacités, nous avons besoin d’accéder à notre mémoire procédurale et d’exécuter de manière plus automatique!

Le super pouvoir de la mémoire procédurale

La mémoire de travail, ou la mémoire consciente, traite l’information lentement. Elle ne peut pas aller aussi vite que l’action. Gérer la demande de la performance est donc une tâche quasi-impossible pour la mémoire consciente… parce que ça va trop vite pour elle.

En sport, un joueur de tennis qui a déjà exécuté des centaines de services l’a enregistré dans sa mémoire musculaire. Son inconscient a déjà compilé toutes les données : son cerveau sait à quelle hauteur doit être lancée la balle, à quel moment la balle doit quitter sa main, dans quel angle la balle doit être frappée, etc.

Mais imaginons que ce même joueur commence à réfléchir, et qu’il cherche à contrôler consciemment toutes les actions nommées ci-haut ; si, par exemple, il se disait “je dois lever mon bras plus haut”, que se passerait-il?

Il activerait alors sa mémoire de travail.

Résultat : soit il n’arrivera pas à compiler toute l’information assez rapidement pour frapper la balle au bon moment… ou bien son cerveau va négliger certains aspects du mouvement parce que toute son attention est dirigée vers son bras! Dans les deux cas, sa performance en sera affectée.

Contrairement à la mémoire de travail consciente, la mémoire musculaire inconsciente peut traiter l’information instantanément. Elle peut donc réagir et ajuster la performance à chaque instant.

Reprenons les exemples précédents :

L’étudiant qui connaît toutes ses formules par coeur mais qui les répète dans sa tête juste avant l’examen pour s’assurer de ne rien oublier active sa mémoire de travail ; au moment de performer, il n’arrive plus à accéder aux connaissances stockées dans son inconscient.

L’entrepreneur qui se questionne sur ce qu’il doit dire ou ne pas dire, et qui s’inquiète de ne pas commettre d’impairs devant les banquiers afin d’obtenir un financement active sa mémoire de travail ; faisant cela, il n’arrive plus à interagir spontanément avec ses interlocuteurs, et il pourrait sembler hésitant et peu confiant en son produit.

L’expert qui révise sa présentation maintes et maintes fois afin de l’apprendre par coeur, qui vise la perfection et qui espère qu’il ne sera pas pris en défaut par son audience active sa mémoire de travail ; il devient alors nerveux, ses pensées se bousculent dans sa tête et il pourrait éprouver des difficultés à énoncer clairement ses idées.

En conclusion, lorsque l’on réfléchit trop à la tâche que l’on veut réaliser, il devient difficile d’accéder à nos automatismes, d’agir de manière naturelle et spontanée et de performer à notre plein potentiel dans les moments de grande pression.

Mais comment faire pour accéder à cette recette qui se trouve dans notre inconscient?

Les trois focus

Au fil du temps, j’ai découvert trois types de focus que nous pouvons adopter avant et pendant la performance :

  1. Le focus sur l’analyse de la performance
  2. Le focus sur le résultat de la performance
  3. Le focus sur l’expérience de la performance
Focus sur l’analyse de la performance

Lorsque l’on se focalise sur l’analyse de la performance, nous avons tendance à diriger notre attention vers la manière dont on performe et le processus qui mène à la performance. Nous détectons les défis, les erreurs et les problématiques, et nous cherchons à améliorer la performance d’un point de vue technique ou stratégique. Ce type de focus est souvent utilisé par les individus qui adoptent une attitude perfectionniste.

Focus sur le résultat de la performance

Lorsqu’on l’on se focalise sur le résultat de la performance, nous avons tendance à diriger notre attention vers la réussite, le succès et l’atteinte des buts.

Focus sur l’expérience de la performance

Lorsque l’on se focalise sur l’expérience de la performance, nous plongeons dans l’action en dirigeant notre attention vers les aspects sensoriels de ce que l’on veut accomplir.

Par exemple :

Alors qu’il reste deux minutes au match, le joueur de basket-ball fait corps avec le ballon et danse en rythme avec lui durant son dribble. Il visualise la trajectoire de son ballon avant de le lancer au panier, et il peut même entendre le “swish” du filet lorsqu’il est traversé par le ballon.

Devant la feuille blanche de l’examen, l’étudiant porte attention à sa respiration. À chaque inspiration, il sent le calme l’envahir ; d’abord au niveau de l’abdomen, puis la sensation d’apaisement monte progressivement vers le thorax et la gorge. Pendant le processus, il se rappelle qu’il maîtrise parfaitement sa matière, et qu’il saura exactement quoi répondre lorsque viendra le moment. Rassuré, il vide son esprit complètement et se met à la tâche.

Juste avant d’entrer dans le bureau des banquiers, l’entrepreneur se redresse et sent une force le traverser. En posant la main sur la poignée de la porte, il se remémore un moment où il s’est senti en plein possession de ses moyens, et s’imagine revivre cette situation ; il retrouve alors instantanément son courage et pénètre dans la pièce avec assurance.

Alors qu’il voit entrer les uns après les autres le groupe de clients devant lesquels il devra performer, l’expert voyage mentalement dans le passé, et se retrouve au beau milieu d’une conférence donnée le mois dernier, durant laquelle il avait présenté son sujet avec aisance et fluidité. Une vague de confiance déferle alors sur lui ; galvanisé, il s’avance vers son audience pour débuter sa présentation.

Clique ici pour visionner un très bon exemple de focus de l’expérience de la performance au golf, tiré du film La Légende de Bagger Vance.

Le focus qui mène à la zone optimale de performance

Lorsque tu focalises ton attention sur l’analyse de la performance, tu actives ta mémoire de travail et tu te déconnectes de ta mémoire procédurale. Ce type de focus est très utile lorsque nous sommes en phase d’apprentissage, de développement ou de perfectionnement, ou dans les situations ayant un enjeu ou un niveau de pression faible ou moyen.

Lorsque tu focalises ton attention sur le résultat de la performance, il est possible que tu augmentes ton niveau de motivation, ta détermination et ta combativité. Toutefois, il arrive que l’atteinte de nos buts ne soit pas complètement sous notre contrôle ; le résultat pourrait être influencé par la décision d’une autre personne, ou par l’attitude des membres qui composent ton équipe. Focaliser uniquement sur le résultat pourrait élever rapidement ton niveau de stress, d’anxiété et de frustration lorsque l’événement ne se déroule pas comme prévu.

Lorsque tu focalises ton attention sur l’expérience de la performance, tu communiques directement avec ta mémoire procédurale et ton inconscient.

Dans son livre The Inner Game of Tennis: The Classic Guide to the Mental Side of Peak Performance, W. Timothy Gallwey décrit une approche similaire à celle présentée dans le livre Choke, et il explique:

Obtenir l’image la plus claire possible de tes résultats souhaités est une méthode très utile pour communiquer avec [l’inconscient ou la mémoire procédurale], en particulier lors d’un match. En compétition, il est trop tard pour travailler sur tes coups, mais il est possible de garder à l’esprit l’image de l’endroit où tu veux que la balle se rende et de permettre au corps de faire ce qui est nécessaire pour l’envoyer sur la cible visée. [Le rationnel ou la mémoire de travail] doit rester détendu, en s’abstenant de donner des instructions pratiques.

Savais-tu que :

L’inconscient communique en SYMBOLES, en RESSENTIS et en IMAGES.

Donc, si nous voulons communiquer dans un langage qu’il peut reconnaître, il est essentiel d’apprendre à voir, sentir et ressentir nos actions et ce que l’on veut accomplir!

La clé pour performer à la hauteur de tes capacités

En préparation mentale et dans le coaching, nous disons souvent que pour performer, nous devons focaliser notre attention sur les objectifs de processus, parce que ce sont des objectifs que l’on peut contrôler. Néanmoins, j’ai remarqué qu’il y a deux types de processus : le processus rationnel et conscient, et ce que j’ai appelé le processus symbolique et inconscient.

Un individu ayant une tendance plus analytique utilise généralement les objectifs de processus rationnels et conscients. Il décortique l’action, le geste ou le processus et se donne des buts spécifiques en lien avec ce qui doit être exécuté et accompli. Toutefois, penser à ce type d’objectif dans les moments de grande pression peut interrompre la communication avec la mémoire procédurale, et empêcher l’individu d’accéder à ses automatismes.

Pour révéler tout ton potentiel, je t’invite à t’entraîner à focaliser davantage sur le processus symbolique – les ressentis, les émotions, les sons et les images, et moins sur le processus rationnel – les mots, la réflexion, les instructions.

Avec la pratique, tu apprendras à vider ton esprit, à cesser d’analyser et à “sortir” de ta mémoire de travail, ce qui te permettra d’accéder à tes capacités et à tes meilleurs atouts dans les moments importants.

Bon entraînement,
Guylaine

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