Bonjour à toi,
Bien des choses se sont passées depuis ma dernière lettre; la grisaille a laissé place au soleil, les oiseaux sont revenus gazouiller sur les branches de mon frêne… et moi j’ai semé des graines. Des graines récoltées au fil des ans, et plus précisément depuis 2023, l’année où le château de cartes s’est effondré. Travail, relations, finances—de tout ce que j’avais bâti, rien n’a été épargné.
Dit comme cela, l’événement paraît soudain, mais j’avais été prévenue ; il y avait sept ans que j’avais reçu l’appel au changement. Sept années, pendant lesquelles j’avais plus ou moins écouté.
2023, 2022, 2021… l’histoire débute donc en 2016.
Ce soir-là, un soir de décembre, j’étais dans le centre-ville de Montréal, occupée à jouer un match d’ultimate (frisbee) avec des amis. À ce moment, je ne me doutais pas que ma vie s’apprêtait à changer. Drastiquement. En quelques secondes, il a suffi d’un plongeon et d’une mauvaise chute pour que je me retrouve à l’arrêt, incapable de réfléchir normalement ou d’effectuer deux tâches en même temps.
Le diagnostic? Commotion cérébrale.
La convalescence a duré plusieurs mois, mais ce n’est pas ce dont je veux parler ici. (Ce récit, tu le trouveras dans les graines mentionnées plus haut, et sur lesquelles je reviendrai bientôt.)
Le sujet d’aujourd’hui c’est la petite voix. Tu sais, celle qui dit la vérité même quand on n’a pas envie d’écouter? Eh bien, pendant tous ces mois où j’avais du mal à aligner mes idées, c’est le moment qu’elle a choisi pour faire son entrée. Je me dois d’être honnête, toutefois : elle et moi, on a mis un moment à s’apprivoiser. Et moi à accepter d’en parler.
Avance rapide, 2023. Sept ans après ma commotion, je n’avais toujours rien fait à son propos. De ma petite voix, s’entend. Elle était là, certes, mais je mettais un point d’honneur à la cacher. Une attitude étrange quand on y pense. Une coach et formatrice comme moi, qui discutait d’intelligences, de personnalité et d’ego, et qui refusait d’évoquer son outil favori pour créer ses cours et diapos : l’intuition. Un outil qui faisait partie intégrante de la personnalité, si l’on en croyait les travaux de Carl Jung.
Pas très authentique, non?
C’est du moins ce que m’a fait comprendre ma petite voix en 2023. Gentiment, mais assez fermement pour que je réalise que la baisse d’inscription à mes formations, la perte de revenus, et le silence radio sur les réseaux, servaient à me transmettre un message : il était temps de parler des vraies choses. Du fait que nos intelligences ne percevaient pas que le visible, entre autres. Le plan subtil avait son rôle à jouer aussi.
— Alors, qu’en dis-tu? Tu vas le faire?
— Faire quoi?
— Parler d’intuition.
L’idée avait beau venir de ma petite voix, elle ne me plaisait pas.
— Pourquoi moi?
— Pourquoi pas?
— J’ai droit à ma vie privée, je te rappelle.
— Justement. C’est ta vie. Toooute ta vie, en ce moment.
— …
— Avoue-le, tu te passionnes pour le sujet.
À ces mots j’ai rougi. Si dans mes cours, j’enseignais la préparation mentale, hors des cours, depuis quelque temps je n’avais qu’une idée en tête : détecter, comprendre et maîtriser le processus de l’intuition.
Alors passionnée, oui je l’étais, mais vu la vitesse à laquelle mon entreprise piquait du nez, je cherchais aussi à calmer mes angoisses. Sous mes yeux, le navire sombrait, et quoi que je fasse rien ne fonctionnait. Qu’est-ce qui m’arrivait? Message ou pas, les factures n’allaient pas se payer toutes seules. Poussée dans mes derniers retranchements, je m’étais donc mise à étudier plus sérieusement ma petite voix. Un signe, une intuition, n’importe quoi serait bienvenu en ce moment.
— C’est le moment de plonger.
— L’entreprise est au fond de l’eau. Et tu me demandes de couler avec elle?
— Pas toi. Ton ego.
Perplexe, j’ai attendu la suite qui ne vint pas. Les jours passèrent, et ce n’est qu’à coup de silences et de promenades dans le quartier que le puzzle s’est formé. Qu’importe si j’avais une entreprise ou pas, finis-je par réaliser, l’important c’était moi. Être moi. Pas à demi moi, ou un faux moi. Le vrai Moi. Et puis, n’en avais-je pas assez de me censurer? De parler du tangible en occultant l’invisible? D’aborder la conscience du point de vue de la science, sans jamais mentionner ce qui faisait de moi qui j’étais?
Oui, bien sûr. Mais j’étais terrifiée. Personne n’en parlait, de l’intuition. Pas d’où je venais. Le sujet n’était peut-être pas tabou, mais il n’était pas populaire non plus. Quant au fait de l’étudier… D’un côté, il y avait ceux qui s’insultaient ; raisonner l’intuition, c’était lui ôter sa magie. De l’autre, il y avait ceux qui se méfiaient ; avais-je des preuves de ce que j’avançais?
Eh bien, il se trouvait que oui. Mais ces preuves, elles ne pouvaient qu’être vécues, expérimentées, ressenties, pratiquées.
— Ou racontées.
— Racontées?
— Dans des histoires, par exemple.
— Un roman.
— Ça, ou tu peux en parler directement.
— Je doute que cela intéresse les gens.
— Il faut te décider alors. Tu veux perpétuer les tabous, ou participer à les déconstruire?
Hum. Après avoir soupesé mes options, j’ai opté pour le roman. Ainsi, je n’aurais rien à justifier ; quoique j’écrive, le livre se retrouverait dans la section fiction. Grisée par ma liberté nouvelle, la plume se mit donc à virevolter sur le papier, jusqu’à ce que, trois manuscrits et autant d’années plus tard, je réalise que j’étais encore en train d’éviter. D’éviter d’avoir à m’exposer. Si mon chemin à moi, tel que me l’avait révélé ma petite voix, était d’apprendre à m’afficher en tant que moi, le roman n’était pas la voie. Pas la seule, en tout cas.
C’est pourquoi en janvier dernier je me suis décidée. J’ai écrit un premier ebook, puis un second, et j’ai continué ainsi jusqu’à ce que naisse une série. Une série que j’ai appelée Soi Lucide, sa mission étant d’accompagner la quête d’authenticité par la clarté. Mais le plus important, ici, est que ces ebooks ont été conçus à ma façon : en alternant raison et intuition. La théorie et les histoires, par exemple. La logique et l’imaginaire, l’argument et la métaphore… ou le Zen et la Guerrière!
Et parce qu’il faut, un jour ou l’autre, sortir de l’eau et se lancer, les deux premiers ebooks sont maintenant disponibles sur mon site :
Les autres sont en route, mais pour l’instant, j’aimerais faire le pont vers toi ; si, comme moi, tu sens l’appel à faire tomber le masque, sache que cet appel est une victoire en soi. Un signe que tu es prêt(e), tu vois?
Mais si tu ne le sens pas, rien ne sert de courir… de mon côté j’ai mis trois ans à franchir le pas! Le voyage m’a enseigné une chose, toutefois : planter une graine est la première étape. Après, c’est le rôle de l’intuition de faire germer l’inspiration 🌱
Bonne réflexion,
Guylaine

