Être soi AVEC les autres, mais pas COMME les autres

Bonjour à toi,

Halloween est passé, la première neige est tombée, et me voici de retour à mon clavier pour raconter. Raconter quoi? Difficile à dire, puisque mes histoires se passent le plus souvent en-dedans. Quand vient l’étincelle, je traduis et puis j’écris.

Simple, non?

Sauf que l’étincelle on ne peut la provoquer… Ce qui fait que ce mois-ci, j’ai attendu un peu plus longtemps que prévu. Jusqu’à ce qu’un matin, dans un désir d’explorer la faune de mon quartier, je télécharge une applicable mobile sur les oiseaux. (Merlin, tu connais?) Après avoir indiqué mon nom et ma région, apparaît à mon écran l’oiseau du jour.

Un goéland.

Je ne sais pas ce qui en est pour toi, mais chez nous, le goéland fait partie des mal-aimés. Bruyant, opportuniste et fouilleur de poubelles, dit-on à son égard. Curieuse, je lance une recherche sur le web (question de lui trouver des qualités, à cet oiseau), et une phrase attire mon attention :

« Bien que sociable, le goéland incarne l’esprit d’indépendance, nous rappelant qu’il est possible de mener une vie à notre image, sans pour autant souffrir de solitude. »

L’application refermée, j’ai souri. Je pouvais écrire ma lettre, désormais. J’avais trouvé la graine de sagesse à planter.

Mais juste avant d’y arriver, il faut savoir qu’il y a plusieurs mois que je me suis coupée. Du bruit, des distractions, et même des soirées entre amis, puisque ma vie se déroule le plus souvent entre trois heures du matin et midi. Une sorte de sevrage qui m’a permis d’écrire mais aussi de voir plus clair, et de renforcer un sens du moi qui s’était perdu en chemin.

— Perdu?

— Je ne savais plus trop ce qui était moi et pas moi.

— Ça n’est pas compliqué pourtant.

— Sauf si tu as l’impression d’être à côté.

— À côté de quoi?

— De la norme, je dirais.

— Ah. À chacun sa vision, je suppose.

Hum. La mienne ne datait pas de la veille.

Dans ma vingtaine, on m’a donné toutes sortes de termes pour expliquer mes ressentis—stress, anxiété, agoraphobie. Puis, de nouveaux mots ayant continué à émerger, voici ce que j’en dirais aujourd’hui : j’étais hypersensible. À la lumière, aux vêtements, au climat, aux groupes de gens. La moindre stimulation exacerbait mon système nerveux, qui mettait des heures à se calmer. (Tu peux imaginer le temps qu’il me fallait pour récupérer, après un week-end de compétition.) Ce qui fait que pendant des années, j’ai oscillé entre m’adapter, m’isoler, et re-m’adapter. Pour, finalement, me faire dire par mon corps qu’il en avait assez. Il était temps de lever le pied.

Près d’un an plus tard, alors que je regarde neiger dehors, j’ai le sentiment d’être encore à la case départ.

Étais-je vouée à vivre en recluse?

Pour être honnête, la question m’a traversé l’esprit ces derniers temps. La pause s’étirant, je commençais à me demander s’il était possible de vivre ma vie comme je l’entends, sans pour autant m’isoler complètement.

— D’où l’apparition du goéland.

— C’est possible, donc?

— Tout est possible.

— J’ai essayé pourtant.

— D’être comme les autres? Ou d’être toi avec les autres?

Encore une fois, ma petite voix avait trouvé les mots pour moi 🙂 

Toute ma vie, je croyais avoir fait des compromis, mais ce que j’avais fait, en fait, était me compromettre moi. J’acceptais mal ma différence, et cela m’empêchait de verbaliser mes besoins, tellement je les trouvais déconcertants. Prenons le sport : qui étais-je pour refuser un transport à mes coéquipières, sous prétexte qu’il me fallait du silence avant un match? Prioriser mes besoins revenait à trahir autant mon équipe que mes valeurs.

L’étincelle, pour moi, s’est produite lorsque je me suis rappelé une séance de coaching où mon client, un entrepreneur, racontait qu’il s’était vu offrir un rôle d’accompagnateur. « Je n’ai rien d’un coach », disait-il pour justifier son refus. Un refus qui n’en était pas tout à fait un, puisqu’il avouait lui-même être tenté. Quand j’ai demandé ce qui bloquait, il m’a expliqué qu’il ne pouvait s’imaginer répéter les mêmes interventions session après session, sans voir de résultat. Ses clients ne seraient pas tous motivés, mais lui appréciait la proactivité, avait-il ajouté, l’air embarrassé.

« Et si tu te présentais comme un coach d’impact? » avais-je suggéré. Une sorte de catalyseur, présent pour quelques séances seulement, avec pour intention de semer des graines de changement. Après, rien n’empêchait qu’un autre type de coach les fasse pousser, ces graines.

À ce moment, j’ai vu le visage de mon client changer. S’illuminer. Soudainement, la perspective d’être coach ET d’être lui-même devenait possible.

Lorsque ce souvenir m’est revenu, une idée toute bête a suivi. Peut-être avais-je des horaires insolites, et un besoin de solitude qui voulait pas s’estomper, mais rien ne m’empêchait d’écrire à mes heures ou d’enregistrer ma voix, n’est-ce pas? Je n’étais pas obligée d’attendre de voir les gens pour montrer que je les appréciais.

Le lendemain aux aurores, je mis mon plan à l’oeuvre : pour une amie avec qui j’avais reporté plusieurs fois nos rendez-vous, je préparai un texto plus long qu’à l’habitude, dans lequel je partageai un peu plus de moi qu’à l’habitude. Et pour une autre qui prenait des nouvelles par vidéo, je pris mon courage et répondit de la même manière. (L’écrit m’était plus confortable, mais connecter c’est aussi se rendre vulnérable, commençais-je à réaliser.)

— Tu dis que rien n’a changé cette année.

— Pas mon besoin de silence, en tout cas.

— Tu te connais mieux.

— …

— Tu t’aimes mieux, aussi.

— Pas faux.

— Et ta sensibilité?

— Quoi, ma sensibilité?

— Elle te dérange toujours autant?

De moins en moins, à dire vrai, depuis que j’ai appris ce qu’était son rôle. Car à quoi pourrait bien servir l’hypersensibilité, si ce n’est à faire une pause pour s’écouter? Comprendre cela m’a permis d’accepter, et même d’apprécier cette part de moi qui voulait s’exprimer.

Qu’en est-il pour toi?

T’arrive-t-il, comme moi, d’être embarrassé(e) par ta différence, ou par un mode de fonctionnement que tu juges encombrant, ou inadéquat? Si c’est le cas, je t’invite à chercher des pistes pour mener ta vie comme tu l’entends, tout en honorant ceux qui font la route avec toi. Ce faisant, tu planteras de nouvelles graines, et ceux qui les verront grandir découvriront peu à peu le vrai toi 🌱

Bonne réflexion,

Guylaine

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