Bonjour à toi,
Octobre est arrivé, et ici à Montréal, les arbres parés de rouges et d’orangés rayonnent comme une invitation à afficher nos couleurs. Ce qui m’incite à me remettre à mon clavier et, comme tous les mois, à noter quelques réflexions qui m’ont paru, sur le coup, éclairées.
Comme, par exemple, cette phrase qui m’a échappé la semaine dernière.
J’étais à quelques jours de mettre le point final à mon roman, et je me promenais dans le parc quand j’ai reçu un appel de ma mère. À qui j’ai annoncé la nouvelle.
« Pour la première fois de ma vie, je me sens fière de moi », ai-je ajouté sans trop réfléchir.
Sur le moment, les mots sont venus puis se sont éclipsés, mais dans les jours qui ont suivi, la phrase m’est revenue plusieurs fois à l’esprit. Avais-je dit la vérité? À ma grande surprise, je réalisai que oui.
Et pourtant…
En tant que sportive, j’ai remporté deux médailles d’or, dont l’une en championnat du monde. Mon passage à l’université a été marqué au tableau d’honneur de la faculté, et il y a dix ans cette année, j’ai été nommée première femme entraîneuse en chef d’une équipe masculine d’ultimate professionnelle.
— Impressionnant ces accomplissements.
— C’est ce qu’on me dit.
— Et toi, tu en dis quoi?
— Franchement? Je ne sais pas trop.
— Peut-être es-tu trop exigeante avec toi.
— C’est ce qu’on me dit aussi, mais je ne pense pas que ce soit cela.
Néanmoins, comme je n’avais rien pour appuyer ma pensée, j’ai fini par croire que le problème venait de moi, et de mon incapacité à m’ouvrir aux éloges. J’ai donc fait des efforts—qui n’ont pas été vains car petit à petit, j’ai appris à cultiver le contentement. Une pratique qui ne fut probablement pas étrangère à la fierté qui m’a assaillie la semaine dernière. Profonde. Vibrante. Troublante.
Ce qui l’avait provoquée?
À ce moment, je n’en étais pas sûre.
Mais je savais que devant moi, sur l’écran de mon ordinateur, s’étalaient 195 pages, 60 000 mots et 23 chapitres d’une histoire de mon cru.
— 60 000? Ça en fait, des mots…
— N’est-ce pas?
— Pas étonnant que tu sois fière de toi.
— Hum. Personne ne l’a lue, cette histoire.
— Et alors?
— Rien ne dit qu’ils vont aimer.
— Et alors?
— Ça fait bizarre d’être fière toute seule devant mon écran.
— C’est peut-être le problème.
— Quoi donc?
— Qui a dit que quelqu’un devait regarder?
Et bam. Quelques échanges avec ma petite voix, et la raison de mon inconfort venait d’être mise au jour.
Adolescente, ma fierté je la ressentais sur un podium. Une décennie plus tard, j’en avais assez et je me mettais à la bouder. Un piège, avais-je décidé. Un plaisir éphémère dont mon bonheur n’avait que faire. Du jour au lendemain, la fierté était devenue une sorte de poison, de nourriture de l’ego, qu’il me fallait éviter à tout prix.
C’est pourquoi quand elle refit son apparition, la semaine dernière, j’ai été prise par surprise. Pourquoi, et pourquoi maintenant?
« Parce que maintenant, c’est entre elle et toi. »
La fierté n’a pas besoin d’être étalée au monde pour être ressentie, m’a expliqué ma petite voix.
Un message que j’ai eu beau entendre, il m’a fallu faire deux fois le tour du parc pour comprendre… Comprendre qu’en fait, la fierté n’a rien à voir avec les yeux des autres, et tout à voir avec mes yeux à moi. (Probablement la raison pour laquelle les compliments m’affectaient peu : comme ma fierté n’était pas vraiment la mienne, les encouragements passaient à côté sans m’effleurer.)
Or aujourd’hui, le scénario a changé. J’ai changé. La fierté, je la ressens moins pour le but accompli que pour la manière dont je l’ai accompli. Parce que j’ai dû puiser loin pour écrire ce roman. Parce que j’ai dû trouver ma voix, et me discipliner pour rester sur ma voie. Parce que j’ai dû dire non pour me dire oui à moi. Parce que, pour une des rares fois dans ma vie, j’ai travaillé non pour avoir un impact, mais pour créer quelque chose à mon image—et à l’image du futur que j’envisage.
Dans quelques jours, j’entamerai donc la phase de révision de mon roman.
Et après?
Après, il ne restera plus qu’à l’envoyer, ce manuscrit… et à laisser les choses aller.
— C’est peut-être ça cocréer.
— Collaborer?
— Mouais. Mais pas au sens où tu l’entends.
— Je dois faire confiance aux gens, m’a-t-on dit.
— Et que fais-tu de l’univers?
— Quoi, l’univers?
— Cocréer, c’est laisser la place à l’univers pour t’aider.
— Hum. Je fais ça comment?
— Tu viens de le dire. L’univers ne peut pas t’envoyer ses conseils, si tu cherches à tout contrôler.
Laisser aller, donc. (Une demande de plus en plus pressante de ma petite voix, ces derniers temps.)
Mais assez parlé de moi… qu’en est-il pour toi?
T’arrive-t-il d’attendre le regard des autres pour ressentir la fierté? Ou de la voir s’effondrer quand tu te fais critiquer?
Si ce message t’interpelle comme il m’a moi-même éclairée, je t’invite à valoriser ta persévérance, ta présence et ton authenticité—des qualités qui nous élèvent et nous reconnectent à notre pouvoir de créer. Un jour à la fois, une graine de sagesse à la fois, c’est ainsi que nos rêves grandissent et que nos vies fleurissent 🌱
Bonne réflexion,
Guylaine

