Quand la vie cherche à me parler

Bonjour à toi,

Alors que j’ouvre mon ordinateur, l’horloge indique 4h44, et le soleil est sur le point de se lever. La méditation du matin ayant porté ses fruits, c’est dans un silence complet je me mets à pianoter sur le clavier. La session terminée, j’irai déjeuner, puis prendre un matcha au café du coin avant de m’y remettre pour la seconde fois de la journée.

D’un jour à l’autre, la routine ne change pas, même si depuis le relooking de mon appartement (dont je parle ma dernière lettre) quelque chose a changé. Un détail qui aurait passer pour insignifiant, si je ne m’y étais pas intéressée. Un détail qui, en fin de compte, change quelque peu ma routine, puisqu’à l’heure du dîner, j’irai pianoter sur un autre clavier.

J’en parle rarement, mais j’ai débuté à l’âge de quatre ans.

Pendant six ans, je me suis amusée sur le piano de ma tante (un mastodonte datant des années 60, qui résonnait jusque dans la cour des voisins) jusqu’à ce qu’elle me l’offre en cadeau, incitant du même coup mes parents à m’inscrire à des cours. Les six années suivantes ont été un enchaînement de leçons et d’examens, où je m’amusai un peu moins mais où j’appris la mécanique de la musique.

Puis vint le départ de la maison familiale, et avec elle, l’obligation de dire au revoir à mon piano. Trop gros, trop bruyant pour les voisins de palier, je quittai l’instrument sans trop d’inquiétude, certaine de le retrouver bientôt. D’ici quelques années, avais-je calculé, j’aurais une maison, des enfants, un diplôme et surtout un peu plus de temps.

Ça me semblait évident, non?

Or, la vie étant tout sauf prévisible, les années passèrent, voyages et déménagements s’enchaînèrent… et chaque fois je me retrouvai dans un petit appartement, parfois avec un colocataire mais rarement avec un partenaire, et occupée à souhait.

À quoi bon avoir un piano si je n’avais pas le temps d’en jouer?

Néanmoins, le rêve persistait, et je continuais à m’imaginer dans ma maison, à jouer du piano dans la pièce où trônaient ma guitare, mon djembé et ma collection de flûtes—vestiges de mes années bohèmes.

La réalité finit par me rattraper lorsque ma mère m’annonça qu’elle vendait la demeure familiale, et qu’il me fallait prendre une décision. Une décision qui n’en était pas vraiment une, puisque ma situation n’avait pas changé. Manque de temps, trop bruyant, pas assez d’argent pour déménager le mastodonte de Québec jusqu’à Montréal.

Mon piano partit donc pour un autre foyer, et j’avais à peu près tourné la page quand je reçus une proposition d’un client : son clavier en échange d’une série de sessions d’entraînement privé. À la vue du Kawai 88 notes grandeur nature (très classe, en plus), je sentis l’espoir se rallumer.

J’avais beau le repousser, le piano ne s’en laissait pas conter.

Pendant un temps, mon nouveau clavier voyagea donc à mes côtés, mais notre relation demeura compliquée. Non seulement l’objet était constamment coincé entre deux meubles, rendant l’expérience peu agréable, mais quand je me décidais à jouer, le manque de pratique me faisait accrocher les notes, et je quittais la plupart du temps vaguement frustrée.

C’est pourquoi en 2020, lorsque mon partenaire et moi emménageâmes dans notre appartement actuel, un choix s’imposa à nous : mon piano ou des armoires de rangement. L’appartement étant charmant, bien situé mais encore plus petit que le précédent, il nous fallait nous départir du surplus. Au milieu des boîtes, j’ai donc pris mon courage et mon téléphone. Pour la troisième fois en douze ans, j’ai dit au revoir à mon piano, qui partit chez un ami musicien. Une situation temporaire, espérais-je en le regardant s’éloigner.

Dans tous les cas, j’avais fait ce qu’il fallait.

— Ce qu’il fallait?

— Je n’avais pas vraiment le choix.

— Ton partenaire te l’avait donné, le choix.

— Je jouais rarement.

— Ça te faisait quoi, quand tu jouais?

— Ça n’a rien à voir. Je n’allais tout de même pas faire l’égoïste et prendre tout l’espace pour moi.

— Tu devrais penser un peu plus loin, à mon avis.

Cela m’a pris cinq ans, une profonde remise en question et un relooking d’appartement pour enfin comprendre ce qu’avait voulu dire ma petite voix. Quand, dans un éclair de clarté, me vint l’idée qu’une maison n’était peut-être pas dans les cartes, pour moi, je compris qu’il était temps de cesser d’attendre que les étoiles s’alignent. Si je voulais mon piano, il me faudrait aller le chercher.

(Just do it, comme dirait Nike.)

Dans ma tête, la conversation reprit de plus belle.

— Comment tu vas faire? Il n’y a pas de place.

— Je vais en créer, tiens.

— Tu n’as même pas de table à dîner.

— J’aime aller à l’essentiel.
— Et le piano, c’est essentiel?

— Hm.

Le problème étant que je ne m’étais jamais vraiment demandé ce qu’il signifiait pour moi, ce piano. Y avait-il une raison pourquoi la vie s’entêtait à me le ramener?

Alors que j’hésitais à vider les armoires qui devraient disparaître, si le piano revenait, ma petite voix reprit l’avant-plan.

On ne sait pas ce qu’on ne sait pas, tu sais.

Malgré la formulation quelque peu ambiguë, quelque chose dans le ton me fit changer mon fusil d’épaule. À cet instant, je troquai le courage pour la foi, et je dus faire le bon choix car en trois jours, tout était vidé, donné, vendu et livré. Une semaine plus tard, le coin piano était prêt, et le Kawai retrouva enfin la place qui lui revenait.

Toutefois, comme on ne sait pas ce qu’on ne sait pas, j’ai dû jouer quelques fois pour m’accorder avec ma petite voix. Car aussi étrange que cela puisse paraître, j’avais oublié que mon piano pouvait apporter la joie. Celle de prendre le temps, pour commencer. Ou de jouer des pièces toutes simples, question de trouver un rythme qui nous convient, à mon piano et moi. Sans parler des autres à qui je pourrai communiquer ma joie. Mon partenaire, mes deux chats, et qui sait, peut-être même à mon voisin de palier. (Le piano était-il trop bruyant, ou était-ce moi qui redoutais de me faire entendre?)

On ne sait pas ce qu’on ne sait pas… jusqu’à ce qu’on se décide à essayer.

Au final, c’est peut-être ça, voir plus loin.

Qu’en dis-tu?

T’arrive-t-il de faire comme moi, et de troquer ton plaisir pour ce que tu te crois obligé? De sacrifier ta joie pour ce que tu dois?

Si oui, je t’invite en ce début du mois à étudier ce qui te mets en joie, et à semer de nouvelles graines, de celles qui feront germer ce que l’on ne sait pas que l’on ne sait pas… mais qui te fera probablement sourire, quand tu le découvriras 🌱

Bonne réflexion,

Guylaine

Tu aimes le contenu de ce site?

Inscris-toi pour recevoir tous les mois des graines de sagesse dans ta boîte de courriels :