L’art de créer sa réalité

Bonjour à toi,

En ce mois de juin, je ne sais pas si tu as reçu le même appel que moi, mais j’ai senti le besoin de changer de décor. De réaménager mon chez-moi, d’y mettre ma couleur, et de réparer toutes ces petites choses dont je n’avais jamais pris le temps de m’occuper.

Il faut dire que je venais de faire le tri de mes livres, et que j’avais retrouvé L’art de la simplicité de Dominique Loreau—une auteure française qui vit depuis plusieurs années au Japon. La maison est un prolongement de soi-même, disait-elle quelque part dans le bouquin. Une phrase qui m’avait fait réaliser que ce que je prenais pour un toc était en fait un besoin viscéral, chez moi, d’harmoniser l’extérieur avec l’intérieur (et vice-versa, probablement).

Enthousiaste à l’idée de relooker mon petit—mais ô combien agréable—trois et demi montréalais, je suis donc partie un samedi matin avec mon partenaire, et c’est avec délice que nous avons acheté… un coussin orangé.

Ai-je omis de mentionner que notre budget était limité?

À cette étape, nous étions motivés, mais l’obstacle était de taille. Ayant fait le choix, des mois plus tôt, de me consacrer à l’écriture, mes revenus s’étaient réduits petit à petit, jusqu’à devenir presqu’inexistants. Et même si j’ai toujours été débrouillarde, cette fois, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais faire pour créer le douillet foyer que j’avais imaginé.

Parce qu’on est censé créer notre réalité, non?

En tout cas, c’est ce que toutes mes lectures sur le mental semblaient vouloir m’enseigner… est-ce que cela fonctionnait? Difficile à dire. Dans mon expérience, parfois oui, parfois non. 

Mais si tu lis mes lettres depuis quelques temps, tu as sûrement une idée d’où je veux en venir 🙂 

Hé oui, si j’écris ici, c’est parce qu’après avoir acheté le coussin orangé, les petits miracles se sont multipliés, et que j’en ai retiré des graines de sagesse. Que je te propose de semer dans cette lettre, en te racontant l’histoire de ma chaise.

(« Une chaise?

— Mais oui, pourquoi pas?

— Quel rapport avec la sagesse?

— Si je peux créer une chaise, je peux créer n’importe quoi…

— Hum. Il y aurait une recette, donc.

— Voilà. »)

L’histoire de ma chaise a débuté un matin de la semaine dernière, quand j’ai décrété qu’il était temps de dénicher ce hamac dont j’avais toujours rêvé. (Désir qui, en fait, était né d’un souvenir : enfant, j’adorais m’allonger sur le canapé balançoire de ma mère, avec un bon livre et une couverture. Je restais là, à lire à la belle étoile, jusqu’à ce que les moustiques me chassent de mon cocon. Toutefois, la balançoire de mon souvenir étant plus grande que mon balcon actuel, ce matin-là je m’étais dit qu’un hamac ferait l’affaire.) 

Emballée, j’ai attrapé mon téléphone et parcouru les annonces de Facebook, dans l’espoir de trouver mon bonheur à petit prix. Pour finalement conclure que le hamac ne serait pas plus heureux sur mon balcon que la balançoire. Trop encombrant, et surtout trop cher.

Que faire?

Quelle ne fut pas ma surprise quand, le même jour, j’arrivai chez une amie que je n’avais pas vue depuis quelques semaines. Et qu’est-ce qui se trouvait devant moi, suspendu au plafond au milieu du salon? Une chaise-hamac! Plus petite, plus abordable, exactement ce qu’il me fallait.

Toute excitée, à mon retour chez moi je retournai voir les annonces. Re-déception : même d’occasion, les prix dépassaient encore mon maigre budget… l’idée m’avait semblé inspirée, pourtant. Était-ce moi qui me faisais des illusions, ou avais-je reçu une intuition?

La réponse arriva le lendemain, alors que je me baladais dans mon quartier. Mes écouteurs sur les oreilles, je faillis la manquer, mais quelque chose me poussa à jeter un coup d’oeil à ma droite. C’est alors que je la vis. Au milieu d’une cour, trônait une superbe chaise de bois Adirondack. (Tu sais, ces chaises où on n’est pas tout à fait couché, mais pas vraiment assis non plus?) À cet instant, mon esprit se mit à vagabonder, et je m’imaginai assise dedans, à contempler les étoiles. C’est alors que le miracle se produisit : pendant un instant, je retombai en enfance.

En fait, je ne voulais pas vraiment le canapé balançoire, ou même le hamac. Ce que je voulais, c’était me sentir comme la fillette qui lisait dans la cour de ses parents. Sereine, insouciante, libre de converser avec les étoiles et d’explorer les mondes de mes bouquins.

Sachant que j’avais mis le doigt sur quelque chose d’important, je revisitai les annonces, pour découvrir qu’une chaise Adirondack en bois, ce n’est pas donné… Mais cette fois, j’étais convaincue. Et peut-être parce je m’étais écoutée, j’ai été entendue, car il a suffi d’une commande à l’univers et d’une nuit. Dès le lendemain, j’avais déniché ma chaise à bon prix et à quelques coins de rue de chez moi.

Ma conclusion : 

Est-ce que je crée ma réalité?

Définitivement.

Est-ce que je le fais seule?

Probablement pas.

Je dis l’univers, d’autres l’appellent autrement, mais dans tous les cas, dans cette histoire quelqu’un ou quelque chose m’a montré la voie.

(« Et cette recette?

— J’ai tout raconté, je suis sûre que tu peux la trouver.

— Peut-être, mais dis toujours…

— Commence par mélanger l’intention avec un brin d’imagination.

— C’est tout?

— Bien sûr que non, mais le plus difficile est à venir.

— Allez, tu vas me le dire ou pas?

— Ensuite, tu dois laisser mijoter.

— Combien de temps?

— Le temps qu’il faudra.
— Ça peut être long…

— Surtout si tu ne fais pas attention.

— Et si j’oublie entre-temps?

— C’est la patience qui mène à la récompense. »)

Je le sais, car l’impatience est mon péché mignon. Par le passé, j’aurais sorti la carte de crédit et acheté mon hamac le jour où j’avais eu l’idée. Et bien que j’aurais apprécié ce hamac, ma chaise—et tout ce qu’elle m’a fait vivre—donnera à mon expérience un tout autre sens. Car cet été, chaque fois que je m’y installerai, je redeviendrai la fillette aux étoiles.

Qu’en est-il pour toi? 

Existe-t-il un objet, une activité ou un lieu qui te fasse sentir libre et sans-souci comme l’enfant que tu as (je l’espère) un jour été? Si oui, et s’il ne s’est pas encore manifesté dans ta vie, je te souhaite d’oser en semer les graines, et de te munir de la patience nécessaire pour les laisser germer 🌱

Bonne réflexion,

Guylaine

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